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Feb 02

2017/02/10 – Séminaire d’Alexandre Monnin : “De la philosophie du Web à la fin du Web ?”

Alexandre Monnin viendra donner une conférence le vendredi 10 février 2017 dans les séminaires STEEP.

Titre : De la philosophie du Web à la fin du Web ?

Salle :  A103

Heure : 10h-11h15 ( 45″ de présentation puis 30″ de discussion)

Ouvert à tous.

 

Résumé :

 

Dans le cadre de notre thèse et depuis lors, nous avons défendu l’idée d’une authentique “philosophie du Web” en partant du constat selon lequel les débats entre architectes du Web avaient très largement portés sur des questions philosophiques (nommage, signification, statut des entités identifiées au moyen d’URI, etc.). En suivant les fil de ces discussions, il nous est apparu que ces principes obligeaient en effet à se reposer des questions philosophiques canoniques tout en leur apportant des réponses spécifiques. Nous partons du constat selon lequel au cœur du Web se niche une question essentielle : qu’est-ce qu’un objet ? Cette question est de nature ontologique” par excellence car cette partie de la philosophie s’est intéressée aux statut des objets depuis ses débuts. Or, penser en termes d’objets, en particulier d’objets discrets, aux frontières précises, ne va pas de soi. Comme l’a montré Brian Cantwell Smith (informaticien à l’origine de la notion de réflexion et pionnier du Knowledge Representation, devenu philosophe), il y a des raisons de penser que le monde ne se donne pas sous la forme d’objets. Il pose ainsi une différence entre les l’ontologie (qui pense en terme d’objets) et la métaphysique (qui pense le monde avant sa discrétisation sous forme d’objets). Toute réflexion sur les objets appelle donc, en complément, une réflexion sur le monde.

Le rapport du numérique au monde a ainsi toujours posé question – voire problème. En particulier dans le champs de l’IA qui formalise des réalités et objets en accord avec le sens commun – processus au cours duquel ces réalité n’en sont pas moins, souvent, dénaturées à l’arrivée. Au plan logique, la sémantique en a fait les frais, à tel point que le mot “sémantique” en informatique a perdu le sens (déjà insuffisant) qu’il avait en logique. Dans ces conditions, on peut s’interroger à double titre sur la supposée “”numérisation” en cours : que savons-nous du monde que nous numérisons ? Et quel monde produisons-nous in fine ?

Par ailleurs, si, comme le dit Gérard Berry, le monde devient numérique, il y a lieu de s’interroger sur la pérennité de la “révolution” amorcée. Une révolution, une fois installée, n’en est plus une, cela devient un nouveau conformisme, porteur d’un fort risque d’aveuglement. Avons-nous les moyens de nous installer dans un monde numérique ou celui-ci marque-t-il plutôt le point final d’un développement fondé sur une certaine technique (Bruno Bachimont explique par exemple que le numérique est “l’essence de la technique” par excellence, l’obtention d’un effet au moyen du calcul). Nous n’oublions pas qu’en parallèle nous sommes entrés dans un nouvel âge géologique (bien que ne réduisant pas à cette seule dimension) : l’Anthropocène. Projeter comme seul futurs les promesses ouvertes par le numérique sur un mode linéaire et cumulatif semble donc éminemment hasardeux. A l’inverse, il convient d’essayer de penser conjointement les futurs divergents ouvert par le numérique et l’Anthropocène – que l’avenir se chargera, quoi qu’il arrive, et sans doute de façon douloureuse, de synchroniser.

C’est pourquoi nous avons lancé l’initiative “Web We Can Afford” en réponse au “Web We Want” de Tim Berners-Lee – après tout, il serait illusoire de penser que la question de l’avenir concerne en priorité ce que nous souhaitons… Désormais, l’urgence est de réfléchir à ce qu’il nous est possible d’accomplir durant le laps de temps sans doute très court durant lequel nous disposerons encore de moyens d’agir conséquents. C’est également le sens du projet ERC que nous avons déposé, intitulé “Webocene”, que nous présenterons brièvement.